6 Août 2022
Après une longue pause, bien trop longue, liée à des travaux dans un appartement, je peux enfin reprendre le chantier, laissé à l'abandon après l'opération de retournement.
C'est à la fois beaucoup d'enthousiasme de pouvoir passer à l'aménagement intérieur, et en même temps il y a tant à faire pour l'aménagement des fonds, je ne sais par où commencer ! Il n'y a pas un petit compartiment à travailler, c'est toute la surface qu'il faut traiter !
Alors allons-y, étape par étape...
D'abord, il faut renforcer chacune des cloisons qui vont supporter les planchers, avec un tasseau qui apportera aussi de la surface de collage supplémentaire, et permettra de visser plus aisément.
Premier montage à blanc, pour vérifier les découpes, l'alignement... Pour certains tasseaux, je n'ai pas la possibilité de visser-coller : pas la place pour passer la perceuse-visseuse. Ce sera collage au serre-joint ou à la pince
Ensuite, ponçage sommaire des champs élargis, juste pour éliminer d'éventuels "pics" de colle, et permettre la pose correcte des planchers
Dépose à blanc des planchers : ça change tout de suite l'aspect, mais aussi la forme générale et la sensation d'espace. Je vérifie en m'allongeant : oui on peut se coucher entre les coffres avant et arrière. Deux matelas gonflable, un de chaque côté du puits de dérive, le raid est possible !
Je passe ensuite aux joints congés sur chaque assemblage cloisons-bordés. C'est un véritable quadrillage de cloisons transversales et longitudinales : j'en ai pour quelques mètres linéaires !
Le processus est devenu habituel : mélange epoxy-durcisseur, dépose du cordon avec la "poche" en sac plastique, lissage en 1/4 de rond
Quand l'angle est plus ouvert que 90°, je ne peux pas utiliser ma spatule arrondie en bois. J'improvise avec un morceau de mousse semi-rigide qui épouse la forme : ça marche assez bien.
Avec le recul, et en comparant avec le travail réalisé par des personnes plus expérimentées, je réalise à quel point je fais tout ça salement : il y a beaucoup de bavures d'époxy, que je dois laborieusement poncer ensuite.
A part le temps perdu (considérable...), ce n'est pas dramatique dans mon cas, puisque je prévois ensuite de peindre toute la partie contreplaqué. Mais quand je vois certains bateaux construits de la même façon, avec uniquement une finition vernie sur le bois, j'admire l'exigence que cela représente pour toutes ces étapes.
Je pense en particulier à Graham, qui a construit (et déjà fini) le Stir Ven 19 n°4 avec une finition magnifique, ou à toutes les productions d'Emmanuel Conrath (chantier Arwen Marine)
En ce qui me concerne, j'en suis au stade où j'essaie simplement de réussir ces étapes structurellement, pour faire un bateau solide et qui flotte ! Je n'ai pas encore l'aspect ou la finition en tête au moment où je réalise ces opérations, qui sont autant de premières pour moi. Je ferai mieux pour la prochaine construction... 😄😉
Et donc après avoir passé pas mal de temps à gratter et poncer les petits écarts de joints époxy, qui sont réellement durs comme de la pierre une fois le mastic polymérisé, je recouvre chaque joint congé avec une bande de tissu de verre : opération stratification.
Par prudence, je commence par le coffre arrière, le compartiment étanche qui sera fermé par la suite : en cas de ratage, ça ne sera pas visible !
Ensuite c'est parti pour la partie centrale (qui ne sera pas beaucoup visible non plus, puisque ce sera sous le plancher). Découpe des bandes de fibre de verre aux dimensions
Imprégnation du bois à l'époxy, application du tissu de verre sur la partie encollée, et imprégnation du tissu de verre
Une fois le tissu de verre bien imprégné, je recouvre le tout avec un "tissu d'arrachage". C'est du nylon tissé fin, qui a l'avantage de faire une jointure fibre de verre / bois plus douce, et surtout de laisser une surface bien moins granuleuse : ça lisse la texture du tissu de verre, et simplifie largement la finition ensuite
Le principe de cette grande phase de travail sur "les fonds" est de faire tout ce qui doit être fait avant la pose des planchers. Parmi ces opérations, il y en a une qui est un peu contre-nature, surtout quand on a passé autant de temps à faire une belle coque : faire un trou dedans !
Mais l'architecte a prévu pour le Stir Ven un astucieux système de ballast qu'on peut remplir et vider en fonction du vent et du nombre de personnes à bord. Le vidage des ballast se fait avec la pompe à main, et le remplissage simplement en ouvrant la vanne en fond de coque.
Donc c'est parti pour un trou, là où on préfèrerait ne jamais en faire :
On se rapproche tout doucement de la pose des planchers.
La plupart sont en appui sur les champs des cloisons verticales, champs élargis et renforcés par les tasseaux fixés précédemment.
Mais les parties latérales-avant seront directement en contact avec le bordé de coque, sans support horizontal. Pour garantir une bonne surface de collage, et une meilleure stabilité, j'ai essayé de créer un support horizontal sur le bordé, avec du mastic epoxy.
Pour cela, j'ai d'abord découpé des tasseaux à la forme des planchers, mais de quelques cm de large :
Pas très visible sur la photo, mais ils sont recouverts de scotch transparent sur les faces inférieures, pour que l'epoxy ne puisse pas adhérer dessus
Mise en place vissée pour pouvoir prendre appui dessous lorsque je vais mettre en place une sorte de joint congé par en dessous, entre la coque et ce support temporaire
Et voilà le résultat : ce n'est pas très régulier, mais peu importe : on obtient une surface horizontale d'appui, sur laquelle le plancher pourra venir se coller
Bon.
Et maintenant, nous allons assister à une contraction temporelle.
...
En trois photos, vont être résumées des minutes, des heures, des jours de... de ponçage évidemment.
L'architecte prévient dans la notice de montage : il faut être aussi soigneux que possible lors des collages et joints congés, cela évitera un long temps de ponçage par la suite.
Je confirme.
L'époxy une fois bien polymérisé, aucun doute à avoir, c'est solide. Très solide.
Donc si il y a un conseil à donner à toute personne qui veut se lancer dans une construction comme celle là : prévoyez qu'une fois le collage ou le joint finis, avec l'époxy encore fraiche, le résultat soit exactement conforme à ce que vous voulez ensuite. Car TOUTE RETOUCHE ULTERIEURE SE PAIE TRES CHER !! En temps, en énergie, et même en résultat, car il est difficile de raboter proprement des débords d'époxy.
Exemple des deux grands compartiments avant, futurs coffres de stockage. A multiplier par autant de petits compartiments sous le plancher... Le Dremmel, l'outil qui m'a sauvé lorsqu'il fallait limer des gratons d'époxy dans des angles. Masque respiratoire impératif, car ça poussière sérieusement, et ce n'est pas de la bonne.
Et donc après beaucoup de temps, et autant d'énergie, je finis par estimer que le résultat obtenu est acceptable, suffisant pour passer à la peinture.
Première étape : une sous-couche de peinture epoxy. Très pratique : ça fait à la fois imprégnation du bois, et sous-couche pour la peinture à venir.
Epoxy bi-composant, mélange habituel (mais produit moins pratique à utiliser, en raison des particules blanches en suspension, qu'il faut homogénéiser avant chaque utilisation)
Le blanc n'est pas énormément couvrant, mais ce n'est qu'une sous-couche. Sa fonction principale est de bien imprégner le bois d'époxy.
Et ensuite ? Ah ben oui, ponçage... Ponçage de la sous-couche, pour éliminer toutes les aspérités et bien lisser la surface avant la couche de finition
Première couche de peinture. Pour les fonds, j'ai utilisé une peinture de sol polyuréthane, prévue pour les garages, résistante aux pneus, chocs, et intempéries. On en trouve partout à tarif léger, et je me dis qu'avec la sous-couche epoxy, ça devrait suffire.
D'autant qu'il y a deux couches. Et on voit bien la différence de teinte une fois la seconde couche appliquée
A noter qu'il faut laisser brut, sans peinture, les surfaces qui seront colées par la suite, pour que la colle epoxy soit directement en contact avec le bois, et puisse l'imprégner pour une accroche structurelle.
Et puisqu'on parle de collage des fonds...
C'est un de ces moments particuliers dans la construction, pour moi en tous cas : je sais qu'une fois les planchers collés, il n'y aura plus moyen de reprendre quoi que ce soit dans les fonds. Bien atteint par le syndrome "première fois", j'ai longuement hésité, et vérifié tout ce qui allait venir ensuite, dans la construction puis l'utilisation, pour être certain que je n'oubliais pas quelque chose avant de tout fermer. Se tromper est un bon moyen pour apprendre et acquérir de l'expérience. Mais justement, sur ce genre d'opération, on n'a pas le droit de se tromper !
Alors entre autres pour cette raison, j'ai choisi de multiplier les trappes de visite, afin d'avoir accès après fermeture à tous les compartiments. Le plan prévoit 4 trappes de visite, j'en ai posé 12...
Esthétiquement, ce n'est pas un problème puisque le plancher est ensuite recouvert par un caillebotis de bois, un faux plancher bien plus joli que le plancher structurel.
En revanche, j'ai eu conscience de peut-être fragiliser le plancher par toutes ces ouvertures. Dans le doute, j'ai ajouté en renfort des bandes de tissu de verre en croix sous chaque plancher. J'espère ne pas m'être trompé...
Et maintenant, silence, on colle !
Perçage des trous de fixation, avec découpe de l'empreinte de la vis pour que la tête soit bien noyée (recouverte de mastic époxy par la suite)
Les mêmes avec les trappes de visite en place, pour voir. Ca fait quand même beaucoup... Bon, trop tard, c'est fait. Et au moins, je pourrai intervenir dans chaque compartiment si besoin.
Dépose d'un cordon de colle sur les champs des cloisons verticales. Sur ce premier collage, j'en ai mis un peu beaucoup... Mais je préfère qu'il y en ait trop que pas assez et risquer un défaut d'étanchéité (j'en ai mis un peu moins sur les suivants)
Imprégnation d'époxy sur les parties bois brut des planchers, là où le cordon de colle va venir s'écraser. Il est important que l'époxy puisse bien pénétrer les fibres du bois. Et l'époxy liquide le fait mieux que le cordon mastic.
Bilan de cette longue étape ?
S'il n'y avait qu'une leçon à tirer, ce serait vraiment de soigner toutes les opérations de collage ou joint congés epoxy.
Une minute d'attention ou de soin au moment du collage, un bon ébavurage là où ça coule, une petite chasse aux boulettes de mastic ici ou là, cela se traduit par un immense gain de temps par la suite, sans compter la qualité du résultat.
Et à part ça ? Eh bien on avance !!
Prochaine étape : ah il y a beaucoup de prochaines étapes, un peu simultanées. C'est aussi une différence par rapport à la première partie sur la coque retournée. Maintenant, il y a beaucoup d'opérations à réaliser, que j'ai un peu faites en parallèle.
Nous allons les prendre ici l'une après l'autre.