11 Décembre 2021
Le nautisme en général, et la construction navale en particulier, sont riches d'un vocabulaire technique, précis, souvent pittoresque et parfois magnifique.
Mais en l'occurrence, j'émets les plus vives réserves quant à cette appellation de "bandes molles", pour désigner des barres de laiton de 20x2 mm, qui opposent à la courbure manuelle une résistance passive, aussi ferme qu'obstinée, en parfaite opposition avec leur désignation trompeuse !!
Et je ne parle pas de tout autre sous-entendu plus ou moins inconvenant.
Cela dit, la pose de ces bandes pas si molles est un moment plutôt sympathique, car c'est le premier "habillage de finition" qu'il faut poser sur la coque du bateau. Et c'est bien un symbole que la construction avance !
La fonction de ces bandes de laiton est de protéger la coque aux endroits qui vont être amenés à frotter, lors d'un échouage par exemple. Il faut donc en mettre deux sous la coque, de chaque côté de la sole, une sous le talon arrière, et une plus longue le long de l'étrave jusqu'au début de la sole.
Mais auparavant, il faut, au moins pour celle du talon et celle de l'étrave, les mettre en forme avant de les poser. Et c'est là qu'on en vient à des remises en cause lexicales !
Rappel de la forme du talon, sous l'arrière de la coque :
Il me semble logique de faire démarrer la bande de protection sur l'avant du talon (à gauche sur la photo). Il va donc falloir la plier pour qu'elle épouse la forme de la pièce de bois.
Après un premier essai à la main, ou avec une pince, il est clair qu'il faut une installation plus sérieuse pour arriver au résultat. La bande n'est pas molle, nous voilà rassurés.
Après quelques essais, je retiens le principe qui va s'avérer gagnant :
- une partie de la bande laiton tenue dans un étau
(avec des plaques de protection pour ne pas marquer)
- pliage de la partie libre au moyen d'un serre-joint long pour faire bras de levier
La chance est parfois au rendez vous : le rayon de courbure obtenu correspond parfaitement à celui de l'avant du talon !
Après un premier essai de mise en place, il suffit de rectifier un peu l'angle, et c'est parfait :
Il ne reste plus qu'à couper l'arrière à la bonne longueur, et c'est réglé pour le talon. Yes !
Etape suivante : mise en forme de la bande de protection de l'étrave. Et là il va falloir s'adapter, car :
- ce n'est pas un pliage à un endroit précis, mais une courbure sur toute la longueur de la pièce
- le rayon de courbure est beaucoup plus grand
Faute d'un gabarit de pliage grand format, j'ai opté pour une série de petites courbures locales, tout le long de la pièce, pour arriver à une forme globalement arrondie.
Même installation qu'auparavant, mais avec une pièce intermédiaire en bois, pour obtenir un rayon de courbure plus grand :
Le scotch ne sert qu'à empêcher le rond en bois de tomber à chaque desserrage de l'étau pour repositionner la barre laiton !
C'est plus long, ça nécessite pas mal de reprises, mais finalement, le résultat est plutôt satisfaisant :
Après mise en place de la pièce sur l'étrave, il a fallu corriger le rayon de courbure global, ce que j'ai fait en imprimant une pression sur la pièce, une extrémité au sol tenue par un pied, l'autre extrémité en l'air, pliée à la main. Sur la courbure globale, ça fonctionne bien. Mais n'en déduisons pas que la bande est molle, s'il vous plait.
L'étape suivante consiste à usiner les trous pour les vis de fixation. Sur les conseils de Pierre-Yves de la Rivière, du chantier Grand Largue qui fournit le kit, j'ai prévu une vis tous les 15 cm, et deux vis plus rapprochées aux extrémités.
Une fois les marquages effectués, les opérations deviennent répétitives :
- perçage des trous
- ébavurage de la partie inférieure
- usinage de l'encoche pour noyer la tête de vis
- ébavurage de l'encoche
- brossage final de la pièce complète
Ebavurage sur la partie qui sera en contact avec le bois : un léger chanfrein réalisé avec un foret de plus gros diamètre
Y compris sur celle de l'étrave, pour laquelle c'est un peu moins pratique compte tenu de ses dimensions et de sa mise en forme arrondie
On peut passer à la pose.
Toujours sur les conseils du chantier Grand Largue, le principe est : vissage, avec une goutte de Sika pour améliorer la tenue et l'étanchéité.
La tenue ne pose pas de problème pour le talon et l'étrave : il y a de la profondeur de bois pour utiliser une vis de longueur correcte.
Mais pour les deux bandes latérales sous la sole, il n'y a que l'épaisseur de la coque, et ce n'est pas beaucoup. Les vis seront donc courtes, et le pré-perçage réduit au minimum pour que la vis "prenne" bien.
Pour les bandes latérales sous la sole, pré-vissage léger avec des vis plus fines, juste pour maintenir en place, puis goutte de Sika, et vissage définitif avec les bonnes vis.
Inconvénient : difficile d'empêcher le Sika de déborder un peu sur les côtés. Un bon essuyage de la tête de vis et de l'angle jointif est nécessaire
Et voilà, les bandes molles sont posées :
Encore une fois sur les conseils de Grand Largue, j'ai passé la dernière couche d'anti-fouling après la pose des bandes molles. Seule celle de l'étrave reste donc apparente.
Mais à part ça, c'était la dernière étape avant le retournement, ce moment si symbolique auquel je pense depuis le début, et qui est enfin là !
Emotion ? C'est sûr, et heureusement !
Stress ? Non, non, pas du tout.
Pas du tout, du tout, du tout.