7 Novembre 2021
Nous voilà donc au moment crucial où la coque du bateau va prendre son apparence définitive ! Il ne s'agit pas de rater son coup, car cette fois, plus d'opération ensuite pour masquer un éventuel défaut...
Et tout commence par un choix important : la couleur du bateau. J'y pense évidemment depuis le début du chantier, mais cela restait des idées en l'air. Maintenant, il faut trancher !
L'idée de base est de reproduire le modèle du chantier, le premier de la série : la couleur rouge fonctionne très bien. C'est dynamique, joli, ça tranche bien... C'est à l'évidence une bonne idée.
Et je commence par faire un essai avec des échantillons de laque du commerce, dont la couleur est proche. Je peins une planche, en laissant une bande blanche puisque l'intérieur du bateau sera en blanc crème. Je place aussi la barre à côté, pour voir si ça va bien avec toutes les pièces de bois massif qui seront visibles et donneront aussi un ton de couleur différent.
Clairement, c'est joli. Mais pourtant, deux choses me gênent : d'abord, justement, c'est la même chose que le modèle du chantier... Et ensuite, ça fait un peu ton sur ton avec le bois rouge de la barre. Sans compter que dans le cas où il y aurait des voiles rouge brique, ça en rajoute encore dans ces tons rouges.
Pour toutes ces raisons, et après avoir visionné de nombreuses photos de bateaux traditionnels de la même inspiration que le Stir Ven, je fais un autre essai avec une couleur bleu ciel : le RAL 5012.
Cette fois, c'est le coup de foudre immédiat. J'aime beaucoup la complémentarité des couleurs, et ce bleu "ciel d'été chaud" me plait vraiment.
Les avis de la petite famille confirment le choix : ce sera donc le RAL 5012 !
L'étape suivante est également structurante pour le résultat final, et contribue à l'appréhension générale pour cette étape de peinture : il faut tracer la ligne de flottaison.
En soi ce n'est pas très difficile, sauf que la perspective qu'il puisse y avoir un écart, et qu'on ne le découvre que lors de la mise à l'eau, ça ne rassure pas !
Bon. Le trait de la ligne de flottaison est indiqué sur le plan, et il faut se baser sur les repères des différents éléments de coque pour le reproduire. Dans mon cas, il est capital de se baser sur ces repères structurels, car j'ai pu constater que mon support de chantier, construit bien trop léger, a un peu bougé, et la coque n'est plus dans sa forme "normale", à l'horizontale du plan. De ce fait, l'opération va prendre plus de temps et d'attention que prévu.
Premier essai avec une ligne horizontale, ce qui permet de constater l'écart de la coque avec l'horizontale, en comparant le résultat avec ce qui est prévu au plan
Deuxième essai, après rééquilibrage de l'horizontale du bateau, et avec un trait laser vertical en plus, qui permet de mieux juger l'alignement
Une fois le marquage fait, je décide de commencer par la partie supérieure, pour pouvoir recouvrir ensuite d'éventuelles coulures. Bon, on ne se moque pas, c'est mon premier chantier de peinture à cette échelle...
Je commence donc le masquage en vue d'appliquer l'anti-fooling sur la partie immergée de la coque. Je réalise ce masquage avec du scotch flexible basique, pour bien faire les arrondis dus à la forme de la coque.
L'application de l'antifooling confirme mon appréhension quant à cette étape de peinture : le produit est épais, l'application est assez peu couvrante, je dois donc charger plus que je n'aurais pensé, et de fait, le pot descend rapidement. Par ailleurs, le résultat est assez granuleux, pas lisse du tout, et cela enrichit assez largement mes doutes quand à mes compétences en la matière...
Vue une fois le scotch retiré, avant le durcissement du produit. Vu de loin ça semble correct, mais...
Face à ce résultat assez décevant, à tous points de vue, je décide de faire quelques changements dans le plan de travail prévu.
D'abord, je vais utiliser un autre scotch de masquage, pour espérer un résultat plus propre.
Ensuite, je vais inverser l'ordre d'application : à l'évidence, l'antifooling garde un aspect un peu granuleux, ce qui ne va pas faciliter un masquage propre. A l'inverse, la laque est parfaitement lisse. Il sera donc plus facile d'avoir un masquage très étanche sur la laque, pour appliquer en dernier les couches d'antifooling.
Auparavant, je ponce un peu la limite, le bord de l'antifooling, pour atténuer l'effet "marche d'escalier", afin de pouvoir recouvrir avec la laque sans que cela soit visible.
Nouvelle opération de masquage, mais pour la laque cette fois, sur le reste de la coque, et avec le fameux "scotch bleu", que je n'avais jamais essayé jusque là.
Je masque le dernier clin, comme indiqué sur le manuel de montage, et avec dans l'idée de faire peut-être une bande blanche en haut de la coque.
La laque utilisée, fournie par le chantier avec le reste du kit, n'est pas du genre qu'on trouve en grande surface de bricolage. Laque marine polyuréthane bi-composant, la simple lecture des consignes de sécurité à l'emploi pourrait dissuader de l'utiliser n'importe quel individu sain d'esprit. Mais en plus d'une très bonne tenue mécanique et chimique, elle est censée permettre une application de très bonne qualité.
Echaudé par l'étape "antifooling", J'aborde quand même la première utilisation avec une certaine appréhension.
Mais dès les premiers coups de rouleaux, je suis proprement bluffé. C'est l'inverse total par rapport à la sensation avec l'antifooling : la laque s'applique avec une facilité incroyable. Elle semble pouvoir se "tirer" à l'infini : avec un seul rouleau j'ai l'impression de pouvoir appliquer, appliquer, et appliquer encore, avec toujours la même qualité ! Là où, avec l'antifooling, il fallait recharger le rouleau tous les 20cm...
Mais surtout, le rendu est incroyable, et il s'améliore encore en séchant.
La facilité d'application induit un plaisir de réaliser cette opération, et c'est avec une sensation de facilité, et de rapidité (trompeuse...) que l'ensemble de la coque est finalement recouverte.
Non, la peinture de la dernière photo n'a pas "tourné"... C'est simplement l'effet de l'éclairage électrique sur l'appareil photo, alors que les deux premières sont en éclairage naturel, porte de garage grande ouverte
Il ne reste plus qu'à retirer le scotch avant que la peinture ne durcisse.
Et là, c'est la révélation : pour la première fois ça ressemble à un bateau réel, avec la délimitation propre, et un brillant "fini" ! Et c'est beau !
Je n'ai pas vraiment le mode d'emploi pour une peinture réussie, mais la surface n'étant pas parfaitement lisse, il me semble qu'un ponçage léger entre chaque couche ne peut pas faire de mal.
Je passe donc un coup de papier grain 320, à la main, en insistant sur les angles au niveau des clins, où des irrégularités se sont formées.
Je découvre au ponçage que si la peinture est d'une incroyable qualité, fine, brillante, très lisse, elle est aussi très fluide, et il faut prendre garde à appliquer une couche vraiment très fine, sous peine de coulures, y compris pendant la phase de séchage.
Pour la deuxième couche, je réessaie le masquage avec le scotch prévu pour prendre des formes arrondies, pensant (à tort) que le scotch bleu sera trop rectiligne et ne pourra pas suivre les mouvements de la coque.
Cette fois, je l'applique juste avant de peindre, et je repasse bien avec le doigt pour m'assurer d'une bonne étanchéité. Par ailleurs, la peinture sera "en bas" du stotch, et non pas "en haut" comme c'était le cas pour l'antifooling. Donc je me dis qu'il devrait y avoir moins d'infiltration par gravité.
Le scotch est positionné 1mm plus haut que la ligne de peinture, pour assurer la nouvelle ligne de deuxième couche
Deuxième scotch, plus large, en prolongement du premier, pour prévenir une maladresse, un mouvement de rouleau
Cette fois, j'ai appliqué la peinture jusqu'au dernier clin, en essayant de faire un masquage "de forme", pour voir. J'envisage facilement une finition de ce genre là, avec une bande blanche en haut de la coque, interrompue aux extrémités. Et cet essaie me permet de me rendre compte en taille réelle. Mais aussi de voir comment réaliser ce genre de masquage. Et clairement, le scotch bleu est très efficace.
A l'inverse du scotch beige souple... que cette deuxième couche condamne définitivement. Car même en appliquant la peinture vers le bas, la finition est horrible. La peinture s'est infiltrée par en dessous en grandes bavures. C'est maintenant clair : ce sera scotch bleu partout !
De mon expérience, je déconseille largement les rouleaux de scotch beige, même de bonne marque. Le scotch bleu (de marque "Scotch", ça ne s'invente pas) est vraiment incomparable en qualité de masquage.
On voit, en haut de la photo de gauche, le résultat horrible du masquage avec le scotch flexible beige
Il reste un dernier ponçage, au grain 400 cette fois, et toujours à la main (avec la feuille de papier entre les doigts, sans cale à poncer), avant la troisième et dernière couche.
Lors de la deuxième couche, j'ai essayé d'appliquer un film beaucoup plus mince, et pourtant il y a encore eu quelques amorces de coulure. C'est le métier qui rentre... Pour la dernière couche, j'essaie donc de bien d'essuyer le rouleau avant d'appliquer, pour ne déposer qu'un fin film brillant, juste en surface.
Dernier ponçage fin, avant la troisième et dernière couche, qui donne un rendu sans doute pas parfait, mais quand même magnifique
Et la dernière phase de la peinture sera donc la couche finale d'antifooling, pour faire la jointure propre avec la laque au niveau de la ligne de flottaison (du moins je l'espère...)
Cette fois, j'ai utilisé du scotch bleu, en format "étroit" pour épouser les courbures du trait de flottaison, et avec un deuxième scotch plus épais dans le prolongement.
Le résultat a été parfait. Le scotch bleu est définitivement vainqueur.
C'est une immense satisfaction d'avoir pu mener à bien cette étape que je voyais depuis le début comme un des moments clé du chantier.
Satisfaction de l'avoir fait, d'avoir cette étape derrière moi et assez réussie, mais aussi satisfaction visuelle ! Car l'aspect du bateau est transfiguré. On avait gros assemblage de bois, on a maintenant un bel objet, brillant, et qui ressemble vraiment aux bateaux que l'on peut voir.
Seule petite différence : il est à l'envers ! C'est donc la prochaine étape, encore plus délicate et impressionnante : le retournement.
Mais auparavant, il reste quelques détails à finir.